Humm… Encore une journée qui en contient plusieurs tant elle fut dense…
Quand mon réveil a sonné, à 7h du matin, j’ai cru qu’il me faisait une blague.
Rencontre avec Hannah, la patronne du Chelsea East. Souriante, yeux clairs entourés des fines rides caractéristiques des gens qui ont passé beaucoup de temps dans leur vie à sourire. Un personnage,
cette Hannah, authentique commerçante avenante et alerte à l’amabilité un peu forcée. Légèrement hypocrite peut être mais chaleureuse certainement. Elle a de grands éclats de rires explosifs qui me
font sursauter. La chef en chef dynamique m’a intimé de commencer par un peu de ménage. Donc balayage intégral et collectage des poubelles. Traumatisme. J’ai manipulé toute la matinée des
bouteilles de plastique vides, des papiers froissés, des cheveux savonneux, des cotons-tiges teintés d’orange, des mouchoirs poussiéreux de l’an mille, des rognures d’ongles et toute une selection
d’autres choses non-identifiées !
Là, je suis dans le salon du staff sur le canapé, il y a un australien à Ray Ban -Reece- qui est absorbé par la préparation d’une potion magique à base de 7 épices (j’ai compté, j’an rajoute pas !)
qu’il mesure patiemment et mélange pour faire une méga sauce de poisson si j’ai bien compris. Odeurs de cumin, paprika et coriandre.
Une pluie tropicale est tombée sur la ville du matin au soir. Étrange humidité ensoleillée. Grand ciel bleu, soleil radieux et pluie incessante et dense. Chaleur moite et douce. J’ai vu tant de
gens aujourd’hui ! La foule ici, est colorée. Les boutiques sont bariolées, les fringues sont bigarées et bien sûr, tous les taxis sont jaunes. L’inverse d’une ville-grise comme Paris. Même sous
une pluie battante, c’est joyeux. J’ai remonté tout Broadway jusqu’à-presque-Central Park. Une journée entière sous la pluie chaude à regarder les grattes-ciels.
Architecture impressionnante et belle. Tout le monde sait ça : aux États Unis, tout est géant. Mais c’est quand même surprenant, les immeubles sont réellement immenses. Cependant, ce n’est pas du
tout écrasant, c’est comme si le ciel, lui aussi était plus vaste ici. Mais plus que ces proportions grandioses et que ces baptiments qui s’élancent jusqu’aux cieux, c’est les gens qui me
fascinent. Envie de capturer presque chaque personne que je croise. Le gentil flic black qui sert sa partie, la jeune fille blonde en nuisette fleurie qui hèle un taxi, la mamie autochtone avec sa
casquette I love NYC. D’ailleurs, il me semble indispensable d’ouvrir ici une parenthèse ; pour les modeurs (euses) qui se posaient la question, hey bien oui ! À New York aussi, c’est hype-trendy
les T-shirts « I cœur NY ». Amazing ! Bref, envie de mettre Broadway dans mon appareil photo, de rendre à la fiction ce qui appartient à la fiction.
Me suis aussi prise pour Lucie-Poulain : j’ai même passé un moment avec la belle clocharde Angela. Elle était toute douce et gentille. On a discuté ensemble mais elle est soudain devenue
complètement dingue, agressive et elle est partie dans un grand délire sur les aéroports et s’est mise à faire des grimaces atroces. J'ai osé faire un portrait d'elle avec sa permission. Suis émue
du résultat mais j'arrive pas à mettre de photos ici... (moi non-geek)
Après une journée passée à contempler les miracles de la civilisation, cette foi confiante dans le progrès et la bonté humaine, après une journée sur Broadway, célébration de la
consomation décomplexée, il a suffit que je m’engouffre dans une rue transversale pour me retrouver face à la misère. J’allais oublier que ce monde où l’argent est une valeur, la culture une
marchandise, ce monde à la morale bien-pensante est surtout un monde dégoûtant, construit sur la misère. Money, money, money !
Quand la pluie s’est enfin arrêtée, les trottoirs humides, la ville encore trempée, je me suis sentie lasse et amère d’avoir vu tant de couleurs et je me suis sentie bête d’avoir pu croire ne
serait-ce qu’un instant que New York était le centre du monde. J’ai détesté les États Unis.
Enfin, j’ai réalisé qu’il était tard et que la petite batterie dans ma tête était rouge et clignottante. Dododododododododododododo…