Mardi 25 août 2009
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Vite, vite, on a le temps de filer au musée d’Art Contemporain de Chelsea avant l’Afternoon shift. Exposition temporaire consacrée à l’Iran. Le fait qu’une exposition sur ce pays soit organisée
aux États Unis est déjà une information intéressante en soi. Regards croisés d’artistes iraniens résidant en Iran ou d’artistes iraniens émigrés aux States. Pas mal. Un certains nombre d’œuvres
du type « oui-bon-pourquoi-pas-mais-encore ? ». Quelques une méritent d’être évoquées. Désolée, j’ai noté aucun des noms des artistes. Tang Pi.
Sur un mur, plein de publicitées téléphone rose et tchat coquin sont épinglées. Sauf que les poufs vulgaires ont revêtu une burqua noire intégrale. Les mêmes poses lascives et
les mêmes regards suggestifs, l’étalage de chair en moins. La nudité supprimée au marqueur. L’érotisme censuré. Sauf que. Sauf que ces femmes entièrement cachées ne perdent pas leur charge
sexuelle ; la dissimulation des corps ne suffit pas à l’effacer. Au contraire, les burquas de marqueur ajoutent un aspect mystérieux troublant. J’ai pas exactement saisi le concept. Un «
toutes des putes » ironique ?
Une autre œuvre : une salle sombre par laquelle on accède en descendant quelques marches sous un tonnerre d’applaudissements. Projections d’extraits d’émissions télévisées, au
moment où les gens applaudissent. Une dizaine d’écrans et autant d’archives télévisées d’américains qui frappent leurs mains en cadence. Ça fonctionne très efficacement.
Déjà, dans la vraie vie, quand les gens applaudissent après un spectacle, c’est comme un minuscule spectacle en bonus. Nous, humains civilisés, qui savons nous comporter avec
discrétion et retenue, nous qui nous maîtrisons au quotidien, nous qui offrons une apparence constante de calme serein ; nous nous mettons soudain à nous agiter. À faire des grands gestes
avec nos bras et à frapper violemment nos mains entre elles. Clap Clap Clap.
Et comme si ces gesticulations grotesques ne suffisaient pas, un sourire niais supposé exprimer une reception du spectacle satisfaisante (sourire sincère parfois, poli souvent)
accompagne ces manifestations incongrues. Éventuellement, il est même possible de se lever afin de souligner son enthousiasme.
Ce mouvement de taper ses mains l’une contre l’autre est si absurde. C’est comme un bref surgissement de notre nature sauvage, un rappel de notre origine animale qui apparaît
précisément lors de la consommation de produits hautement culturels ; Théâtre, Opéra, Ballet.
Il y a aussi l’applaudissment de la Télévision. Moment clef dans le rituel des émissions de « divertissement ». Quand quelqu’un fait son entrée sur le plateau, trouve la bonne
réponse ou fait une blague pas marrante. Tous les pretextes sont bons pour donner libre cours à ce déchaînement de pulsions brachio-manuchiales.
Ça me fait penser à un autre truc qui n’a rien à voir. Dans les rues de Manhattan, comme dans les rues de Paris, le passant attentif peut remarquer des ossements délicats sur
des coins de trottoirs. Des restes de Fast Foods qui cuisinent du poulet frit et des beignets de poulet. Les humains mangent la chair, rongents les os et parfois, les jettent dans la ville. Ces
petits ossements sont comme un témoignage de notre carnivoracité et un aveu de notre barbarie au sein même de la cité.
Bref. Une œuvre intéressante sur la torture aussi. Des dessins sommaires, très simplifiés de corps subissants diverses tortures sont projettés un cercle. On dirai une forme
géomètrique un peu abstraite et mouvante. On se laisse absorber par l’aspect graphique. Puis soudain, l’aspect éthique ressurgit brutalement. Il s’agit de la représentation de la souffrance.
Douleur mise à distance par un aspect schématique, ce qui rend son observation tout à fait suppportable. Même pas impressionnante. En revanche, la réalité qui y correspond, et qui est bien une
réalité est, elle, intolérable. J’explique mal.
Enfin, une exposition d’Art Contemporain qui donne à penser le Politique.
Bref. Retour au Chelsea East pour un Afernoon shift. Il fait plus chaud que jamais. Béni soit le Saint Ventilateur. Eva, une quarantenaire d’origine slovaque m’a raconté des
morceaux de sa vie. Le choc culturel quand elle débarque aux USA à vingts ans dans les années 80 alors qu’elle ne parle pas un mot d’anglais et qu’elle a grandit dans un pays communiste.
Pendant ce temps là, Andrea fait semblant de faire le ménage. Elle déteste le cleaning shift. On desteste tous les cleaning shift. Mais du coup, Andrea estime que c’est
telllement relou (ce en quoi elle n’a pas tort), qu’elle ne le fait pas.
Instant sadique. Un guest super mal à l’aise hésite. On dirait le héros de l’attrape cœur de Salinger. On dirait un ado qui a fugué. Il est tout seul, vient de Californie et a
l’air paumé. Il ne sait pas s’il reserve un lit ou pas. Bon oui. Mais en fait, non. Je comprends finalement qu’il veut partir et voudrai être remboursé vu qu’il ne va pas dormir ici. J’attends
alors qu’il me le demande. Qu’il ose formuler le truc : serait-il possible d’être remboursé, s’il vous plait mademoiselle ? Mais il le fait pas. Il attend dans l’entrée que quelque chose se
passe. Regard suppliant. Il espère que je lui propose sans doute. Je l’ignore. Il en peut plus le pauvre. Enfin, il pose la question qui le tourmentait depuis de longues minutes interminables
(hey ! inter-minables !). Of course, je lui dis avec un grand sourire, en lui tendant les billets verts. Hahaha ! Mais pourquoi est-elle aussi méchante ?
Holly a réapparu. Accompagnée d’Adam, son fiancé. Ils sont tout simplement adorable tous les deux. Des gens un peu spéciaux, passionnés de Jazz. Lui, guitare accoustique. Ils
ont des étoiles dans les yeux quand ils parlent de musique. Des étoiles dans les yeux aussi quand ils se regardent, les amoureux.
Elissa part pour les Bermudes ce soir. Ou peut être pas car il y a un Ouragan fonce droit sur les plages à cocotiers.
Voilà. Et le soir, j’ai mangé une glace à la noix de coco achetée à l’épicerie « hispanic chinese grocery » du coin avec Reece, sur les bords de l’East River.
Prenez soin de vous.